

Lire l’article du Ouest-France, par Pierre Wadoux, 1er mai 2026
« Nous maintenons nos missions à bout de bras » : une souffrance au travail minimisée dans l’éducation en Morbihan ?
La CGT éducation du Morbihan dénonce la mauvaise prise en compte de l’Éducation nationale des signalements effectués par les personnels. Une méthode qui viserait à invisibiliser la souffrance au travail. La fiche RSST (registre santé et sécurité au travail) permet à toute personne de signaler une situation considérée comme susceptible de porter atteinte soit à la santé, à l’intégrité physique ou morale des personnes, soit à la sécurité des biens.
Un signal d’alerte, en somme, qui vise à l’amélioration des conditions de travail. Dans l’Éducation nationale, ces fiches permettent de faire émerger des problèmes, indique Rémi Hamon, membre de la CGT-Educ’action 56. Encore faut-il que l’administration ne minimise pas ou n’invisibilise pas ces signalements de faits, qui ont trait aux conditions de travail, aux incidents de service, aux risques psychosociaux.
En 2024, dans le Morbihan, quelque 500 fiches ont été comptabilisées. Nous en sommes à 350, à ce jour, en 2026.
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Pour la CGT Éducation, ces chiffres sont en deçà de la réalité. Elles ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Remplir individuellement une telle fiche peut être culpabilisant. Beaucoup craignent des représailles. Nous nous sommes saisis de cette question et incitons les personnels de l’éducation à produire des signalements collectifs
.
« La parole est disqualifiée »
Quels seraient alors les problèmes relatés par ces personnels ? Dans les collèges du département, décrit Aurélia Jugé (CGT Éducation Morbihan), on pointe des difficultés de communication, d’organisation de sorties scolaires, une absence de réponse, le recours aux conseils de discipline qui mettent en lumière le mauvais pilotage d’établissements. Au lycée, ces fiches témoignent d’une souffrance psychique croissante, de peur et de stress qui conduisent aux arrêts maladie, jusqu’aux ruptures conventionnelles. Trop de collègues décrochent. Aujourd’hui, estime Aurélia Jugé, nous maintenons nos missions d’éducation… à bout de bras.
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Pour Rémi Hamon, la balle est dans le camp d’une administration qui, hélas, disqualifie et minimise cette parole
. Le syndicat pose aussi sur la table la question de l’inclusion. Les établissements manquent cruellement de moyens. Il manque une présence humaine qualifiée, surtout dans le premier degré. Le Pôle d’appui à la scolarité, s’il traite administrativement les difficultés posées par l’inclusion, n’apporte pas de solution. Quant au directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen), il n’a qu’une obligation de moyens, pas de résultats.
« Le dialogue est permanent »
Qu’en pense ce dernier ? Nous ne relevons pas d’alerte sociale, indique Stéphane Caron. La CGT, seule, évoque cette notion de défaillance de l’institution. Que la CGT s’occupe de la santé au travail dans l’éducation, c’est bien naturel. Mais je précise que cette question fait l’objet d’un dialogue permanent, de longs échanges assurés par nos services. Des instructions sont données et des mesures sont prises. Enfin, estime le directeur académique, depuis deux ans, nous ne percevons pas d’inflation significative de signalements. Quoi qu’il en soit, nous sommes prêts à accompagner les situations de fragilité quand elles sont repérées
.

Lire l’article du Télégramme, par Steven Lecornu, 30 avril 2026.
La CGT Éducation 56 alerte sur la dégradation des conditions de travail dans les établissements scolaires du Morbihan. Les signalements de souffrance au travail explosent. Le Registre Santé et Sécurité au Travail (RSST) est un document obligatoire dans chaque établissement scolaire. « Il permet à tout agent de signaler tout fait ou situation pouvant altérer la santé ou compromettre la sécurité au travail, via des fiches de signalement », indique Rémy Hamon de la CGT Éducation 56. Ce dernier révèle, qu’en 2025, à l’échelle du département du Morbihan, 500 fiches de ce type ont été remplies par les agents de l’Éducation nationale (des AESH aux enseignants), déjà 350 depuis le début de l’année 2026, très majoritairement (80 %) dans le premier degré. « Problèmes d’organisation, mépris de la hiérarchie, incivilités… Ces fiches, désormais dématérialisées, témoignent de la souffrance au travail, indique Rémy Hamon, pourtant, l’institution cherche à invisibiliser cette souffrance en durcissant les règles d’utilisation de ces fiches ».
En somme, les problèmes soulevés ne sont pas suffisamment traités. Le responsable syndical incite les agents à effectuer des « dépôts collectifs ». Une façon de ne pas « individualiser les problèmes » et sortir de la « culpabilisation ».
« Certains collègues perdent le sens du travail »
Pour Rémy Hamon, ces actions de prévention sont essentielles. Démissions, ruptures conventionnelles, demandes de détachement… Les personnels songeraient de plus en plus à quitter l’Éducation nationale, d’après la CGT. « Certains collègues perdent le sens du travail n’ayant pas les moyens de remplir leur mission ». Le syndicat se bat aussi pour que les arrêts maladie ordinaires « pour tenir le coup » soient reconnus en « accidents de travail ». « Nous rappelons que l’employeur est pénalement responsable de la santé physique et mentale au travail de ses agents », Aurélia Jugé de la CGT Éducation 56. Enfin, les syndicalistes pointent des relations dégradées avec certains chefs d’établissements. Des chefs « à qui l’on demande de mettre en place la rigueur budgétaire de manière autoritaire ».

